Les bases de la permathérapie : Les éthiques

Les fondements de la permathérapie sont étroitement liés à ceux de la permaculture, dont elle tire son inspiration. Si vous n’êtes pas encore familiarisé avec le concept de permathérapie, je vous recommande vivement de commencer par lire cet article qui vous donne des informations plus détaillées. Ces approches sont basés sur des éthiques qui guident notre réflexion et nos décisions. Ce sont des philosophies qui mettent l’accent sur le respect de la terre, le respect des personnes et le partage équitable.

Qu’est-ce qu’une éthique ?

L’éthique, selon le Petit Robert, est “l’art de guider le comportement”. Les éthiques sont des mécanismes, souvent imperceptibles, qui sont mis en place consciemment ou inconsciemment par une société.

Elles servent à réguler nos réactions instinctives et nous aident à comprendre les conséquences, positives ou négatives, de nos actions. Une société dont les éthiques sont profondément intégrées est généralement plus durable et harmonieuse.

Les Éthiques de la Permathérapie

Basées sur des recherches menées au sein de diverses communautés, les éthiques de la Permathérapie s’inspirent des leçons apprises des peuples qui ont réussi à vivre en harmonie avec leur environnement. Il ne s’agit pas de remettre en question les avancées de notre société. Cherchons à les compléter avec des valeurs et des concepts souvent contraires à nos normes culturelles actuelles, tels que la compétition ou l’individualisme.

Dans ce cadre, trois éthiques principales ont été formulées :

  • Être attentif à la Vie
  • Être attentif à l’Humain
  • Apporter de l’autonomie

Ces éthiques semblent simples et intuitives. Pourtant elles sont souvent difficiles à mettre en pratique à différents niveaux de notre vie. Nous utilisons délibérément l’expression « être attentif à » car elle va au-delà du simple « prendre soin de », qui pourrait suggérer une relation asymétrique. Être attentif à implique une relation plus équitable, un sentiment d’appartenance à un ensemble interdépendant.

Comme la Permaculture, la Permathérapie offre une vision globale de la santé et sert également de philosophie de vie. Elle ne cherche pas à évincer les progrès de la médecine moderne. Elle les intègre dans un cadre plus large prenant en compte l’interconnexion entre la personne, la communauté et la nature.

Pour une transition vers un futur et une santé durables, il est essentiel de réorganiser nos valeurs en fonction de ces éthiques.

Éthique #1 – Être attentif à la Vie

La nature n’a pas à s’adapter à notre façon de penser. C’est à nous de changer notre façon de penser pour qu’elle s’adapte à la nature.

Hubert Reeves

Cette éthique souligne la Vie comme une notion métaphysique et holistique, englobant pas seulement les êtres biologiques, mais également les processus et interactions qui forment notre existence.

Dans ce contexte, la Vie peut être vue comme un concept, incluant non seulement les êtres biologiques, mais aussi les processus, les interactions, et les phénomènes qui font partie de l’existence. Être attentif à la Vie nous invite à réfléchir sur la nature de l’existence, le sens de la vie, ou les lois universelles qui gouvernent notre réalité, ainsi qu’à porter attention aux organismes vivants (animaux, plantes, champignons, micro-organismes, etc.).

En acceptant le fait que nous sommes une partie d’un tout et que nous en sommes interdépendants, notre place dans la nature devient plus claire. Nos comportements doivent être compatibles avec le maintien d’écosystèmes durables, car nous en dépendons, nous en sommes une partie intégrante. Cela revient à comprendre que notre bien-être dépend de la santé de cet écosystème. Pour prendre soin de nous, nous devons prendre soin de la Terre.

Changer de perspective

Cette éthique recommande un changement de perspective. Plutôt que d’agir pour que notre environnement s’adapte à nos désirs, nous devrions réformer nos pratiques pour qu’elles respectent les rythmes et les besoins de la nature. Cet éveil à une conscience écologique n’est pas une simple idéologie mais s’incarne dans des actions concrètes, guidées par une compréhension systémique du vivant.

La première éthique va au-delà de la simple relation thérapeute-patient pour embrasser une dimension beaucoup plus large : la relation de la personne avec son environnement dans toute sa complexité, allant des micro-organismes aux vastes écosystèmes qui composent notre planète.

Cette position peut sembler paradoxale pour une méthode centrée sur la personne et la santé humaine. On pourrait s’attendre à ce que le premier principe éthique soit axé sur le bien-être individuel. Cependant, la Permathérapie nous rappelle que l’être humain n’est pas une entité isolée mais bien une partie d’un système beaucoup plus vaste et complexe. Les êtres humains, en tant qu’êtres vivants intégrés dans le tissu de la Terre, dépendent inextricablement de cet environnement pour leur nourriture, leur abri, et même leur rythme biologique.

La vie dans sa globalité

L’adoption d’une éthique axée sur l’attention à la vie dans sa globalité comporte deux implications significatives :

  • Systémique et organique : Cette éthique nous incite à admettre que les êtres vivants et les écosystèmes dans lesquels ils évoluent présentent un fonctionnement organique. À l’instar d’un organisme qui naît, grandit, parvient à maturité et finit par décliner, les écosystèmes suivent des rythmes analogues. Cette compréhension est en accord avec des théories écologiques plus larges, comme l’hypothèse Gaïa de James Lovelock, qui suggère de percevoir la Terre elle-même comme un organisme vivant.
  • Responsabilité et durabilité : Cette éthique étend grandement notre sens de la responsabilité. Elle nous rappelle que nos décisions de traitement, même dans un contexte de soins de santé, ont des conséquences qui vont au-delà de notre propre bien-être. Par exemple, le choix d’un traitement peut avoir un impact environnemental à travers les déchets qu’il génère. Par conséquent, la prise en compte de cette première éthique incite à des choix plus responsables et durables.

En reconnaissant notre bien-être comme intrinsèquement lié à celui de l’écosystème global, cette éthique souligne une interdépendance fondamentale. La santé de chaque personne reflète et influence la santé de l’ensemble du système vivant.

Notre rôle et notre responsabilité

Être attentif à la Vie est un impératif à la fois pratique et philosophique. Il redirige notre perspective pour voir au-delà du simple bien-être individuel, pour inclure le bien-être de l’écosystème plus large dans lequel nous vivons et interagissons. C’est un réajustement fondamental qui met en lumière notre rôle et notre responsabilité.

Cette première éthique résonne également à plusieurs niveaux, allant du comportement individuel à la politique de santé publique.

Au niveau individuel :

  • Choix de vie responsables. Cette éthique nous pousse à faire des choix de vie durables, comme privilégier une alimentation respectueuse, de produits locaux et de saison, ou choisir des remèdes naturels qui sont respectent l’environnement dans leur fabrication et leur utilisation.
  • Approches thérapeutiques. Le choix des soins doit prendre en compte leurs impacts environnementaux, en limitant les origines exotiques et en minimisant les déchets et l’utilisation de ressources non renouvelables.

Au niveau communautaire:

  • Éducation et sensibilisation. Diffuser cette éthique au sein de la communauté peut conduire à des initiatives d’éducation autour des méthodes de santé durables et de l’interdépendance avec la nature.
  • Engagement actif. Inciter la communauté à participer à des actions de préservation de la nature, de recyclage et de gestion durable des ressources.

Et enfin au niveau systémique :

  • Politiques de santé publique. L’application de cette éthique dans les politiques de santé pourrait conduire à des systèmes de soins plus holistiques qui tiennent compte des déterminants environnementaux de la santé.
  • Recherche et développement. Stimuler la recherche dans des formes de soins qui correspondent à une vision plus écologique et durable.

Cette éthique guide la Permathérapie, rappelant notre santé est liée à l’écosystème. Elle évalue chaque décision pour le bénéfice immédiat et l’impact à long terme sur la communauté et la planète, offrant un cadre pour une pratique thérapeutique durable.

Éthique #2 – Être attentif à l’humain

La deuxième éthique de la Permathérapie, “Être attentif à l’Humain“, nous plonge au cœur de l’expérience humaine. Cette éthique, tout en étant étroitement liée à la première, nous amène à considérer tous les aspects de l’humain. De l’individuel au collectif.

Il est essentiel de rappeler que l’attention à l’Humain et à la Vie sont intrinsèquement liées. La Permathérapie, en tant qu’approche globale, reconnaît que notre bien-être est inextricablement lié à la santé de la planète. Par conséquent, être attentif à l’Humain signifie aussi être attentif à son environnement. Cela crée ainsi un cercle vertueux d’attention et de soin.

La Permathérapie considère l’être humain non pas comme un concept abstrait ou une statistique, mais comme un organisme vivant, complexe et unique. Dans cette perspective, notre concentration ne se limite pas à la guérison ou aux soins. Il s’agit de comprendre ce qui rend chaque personne unique, avec ses propres besoins, aspirations et complexités. Notre attention ne se limite donc pas à la raison pour laquelle une personne cherche de l’aide, mais s’étend à tous les éléments qui font sa singularité.

De la globalité à l’écosystème

Un autre aspect essentiel de cette éthique est la prise en compte des émotions et des expressions de la personne. La Permathérapie, en allant au-delà du physique, englobe l’ensemble de l’expérience humaine. Elle cherche à comprendre comment une personne ressent et exprime son expérience. Cette écoute active est fondamentale pour une pratique holistique qui prend en compte la personne dans sa totalité.

Dans le cadre de la philosophie humaniste de la Permathérapie, il est crucial de comprendre que pour prendre soin des autres, nous devons d’abord prendre soin de nous-mêmes. Cela englobe toutes les dimensions de notre être, du physique à l’émotionnel, en passant par le relationnel, l’historique et le sens.

Alors que le soin commence avec la personne, il s’étend naturellement pour inclure la famille, les amis, la communauté et même au-delà. Tous l’écosystème de la personne est impliqué.

Dans la Permathérapie, cette extension du cercle de soin est fondamentale. Elle nous rappelle notre interdépendance. Et nous suggère une approche où chacun est encouragé à assumer sa part de responsabilité dans le processus de guérison.

Pour se réinventer

Dans cette perspective élargie, chaque choix individuel prend une nouvelle dimension. Notre bien-être ne peut être séparé de celui de la communauté. Les décisions que nous prenons et les actions que nous entreprenons ont un impact sur les autres. Le respect et la réciprocité ne sont pas seulement des idéaux, mais des nécessités pratiques pour maintenir l’harmonie sociale.

La Permathérapie nous encourage à voir les opportunités plutôt que les obstacles, même dans des circonstances défavorables. Elle nous incite à assumer la responsabilité de notre propre vie. Cette simple prise de position contient en elle une grande puissance.

Être attentif à l’Humain, bien que simple en théorie, présente des défis et des nuances dans sa mise en œuvre. Nous vivons dans une époque caractérisée par l’individualisme et une déconnexion notable avec notre environnement. L’importance de l’attention authentique est souvent négligée. Le défi ici est de réintégrer cette éthique dans notre pratique de la Permathérapie et dans notre vie quotidienne.

Cependant, cette éthique nous offre également une opportunité précieuse : celle de réinventer notre relation à nous-mêmes et aux autres. En faisant le choix de l’attention et de l’écoute, nous ouvrons la voie à une nouvelle forme de relation humaine, basée sur le respect mutuel et le bien-être partagé.

Une pédagogie de la santé

La Permathérapie, dans son ensemble, insiste également sur l’importance de l’éducation. Être attentif à l’Humain, c’est aussi lui donner les moyens de prendre soin de lui-même. L’éducation devient ainsi un outil d’émancipation, permettant à chacun de devenir acteur de sa propre santé et de son bien-être.

L’attention à l’Humain ne se limite pas à une interaction temporaire entre le soignant et le soigné. Elle est une posture permanente, une qualité d’être qui perdure dans le temps. Chaque moment de soin, chaque interaction, devient une occasion de renforcer cette éthique et d’en faire une réalité vécue, impactant positivement nos vies et celles de notre entourage.

Cette éthique est un appel à la conscience, à la réflexion et à l’action. Elle nous invite à l’intégration. Elle nous rappelle que l’humain est au cœur du soins et que chaque être humain est unique. En adoptant une écoute attentive, en élargissant notre conception du soin, en acceptant notre interdépendance, nous nous rapprochons non seulement d’une pratique de la Permathérapie plus riche et plus efficace, mais aussi d’une vie plus enrichissante pour nous-mêmes et ceux qui nous entourent.

Éthique #3 – Apporter de l’autonomie

L’autonomie est fréquemment perçue comme un pilier essentiel du bien-être. Dans le contexte de la Permathérapie, cette éthique acquiert une dimension extrêmement riche et complexe. Elle ne se limite pas à la capacité de prendre des décisions indépendamment. Il s’étend à une forme d’émancipation globale, touchant tous les aspects de l’être humain – physique, émotionnel, mental et social.

L’autonomie est ici définie comme une aspiration à une interdépendance consciente. L’autonomie ne signifie pas solitude ou autarcie. Il ne s’agit pas de se détacher des autres ou de son environnement, mais de comprendre et d’intégrer la façon dont on est lié à eux, afin de prendre des décisions à la fois personnellement enrichissantes et socialement responsables.

Éduquer à l’autonomie

L’émancipation par l’autonomie commence par une éducation holistique. Comprendre la maladie est une première étape, qui doit être complétée par l’acquisition de quelques connaissances nécessaires. Cela comprend une familiarisation avec les différents systèmes du corps, l’influence des modes de vie sur son état physiologique, ainsi que les différentes approches thérapeutiques et leurs mécanismes.

Apprendre à écouter et à déchiffrer les signaux envoyés par notre corps est une compétence essentielle. Ils sont des indicateurs qui nous aident à nous aligner davantage sur nos besoins physiologiques.

Donner de l’autonomie transforme la façon dont chaque individu aborde la santé. Cela renforce également la confiance en soi et le sentiment de compétence. Il redéfinit également la dynamique de la relation soignant-patient, en favorisant un partenariat collaboratif plutôt qu’une dépendance unilatérale. L’autonomie conduit inévitablement à une plus grande responsabilité. Elle aura des effets positifs dans le respect des autres et de l’environnement.

Autonomie et émancipation

L’autonomie, dans une perspective de Permathérapie, commence par soi-même. Mais elle ne s’arrête pas là : elle doit s’étendre à la communauté. Ce principe se manifeste à différents niveaux : des décisions individuelles sur sa propre santé à la participation active dans des initiatives communautaires. L’objectif est d’atteindre l’autonomie individuelle tout en favorisant la résilience collective.

L’autonomie est aussi un puissant moyen d’émancipation. En la promouvant, on contribue à un changement culturel plus vaste, bénéfique à la fois pour l’individu et la société. Une population plus autonome et responsable réduirait l’utilisation excessive de systèmes de soins déjà saturés, apportant une amélioration systémique.

Cela s’aligne également avec une éthique de non-attachement. Le succès d’une intervention thérapeutique n’est pas mesuré par la fréquence des consultations, mais par la capacité de la personne à gérer sa propre santé de façon autonome.

Autonomie et apprentissage

L’autonomie est un objectif en soi, qui s’inscrit dans une vision plus large de la santé et du bien-être, respectant la dignité, la complexité et l’unicité de chaque personne. En tant que praticiens de la Permathérapie, notre aspiration ultime n’est pas de créer une dépendance, mais d’émanciper. Nous visons à ce que chaque personne puisse dire : “Je suis mon propre soignant et je sais quand j’ai besoin d’aide, et c’est en cela que réside ma liberté.”

Il est essentiel de noter que cette éthique est intensément liée aux autres éthiques de la Permathérapie: d’être attentif à la Vie et à l’Humain. En effet, une autonomie véritablement globale est inséparable d’un engagement envers le bien-être général et la durabilité écologique.

Cette éthique nous invite à voir l’autonomie non comme une fin en soi, mais comme un processus continu d’apprentissage et d’évolution.

Les bases de la permathérapie pour un nouveau départ

Ces 3 éthiques peuvent se résumer en trois qualificatifs : Beau, Bon et Juste. Ils se retrouvent à l’origine de notre réflexion de Conseiller ou de Praticien en Permathérapie.

Ces éthiques s’inscrivent dans une vision universelle. Elles s’appliquent à toutes les formes de soins puisqu’elles sont avant tout un état d’être dans le soin et le prendre soin.

Les trois éthiques essentielles de la Permathérapie constituent une base conceptuelle pour notre action. Toutefois, ces éthiques, malgré leur importance, restent au stade théorique. Pour les appliquer concrètement, nous nous reposons sur une série de principes directeurs qui vont guider notre action.

Laisser un commentaire

Aller au contenu principal